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16 janvier 2016

Critique #23 : Saba, ange de la mort — Il y a pire que de mourir de faim et de soif dans le désert...


Saba, Ange de la mort
(Les chemins de poussière #1)

MOIRA YOUNG

Gallimard Jeunesse, 8 septembre 2011

Amazon / Booknode


Au cœur d'un univers futuriste dévasté, la quête haletante d'une héroïne exceptionnelle.
Ecoutez le récit de Saba, jeune fille farouche et attachante, qui va découvrir, lors de sa longue épopée, que le plus difficile n'est pas de se battre, mais de faire confiance...

Le premier tome d'une trilogie redoutable.
"On m'appelle l'Ange de la Mort.
Parce que j'ai jamais perdu un combat."




« Les chemins de poussière », c’est le livre qu’on vous propose en parallèle à la série « Hunger Games ». Vous en avez peut-être déjà fait l’expérience, moi, ça m’est arrivé trois fois. Dans trois librairies différentes, deux vendeuses et un vendeur m’ont tous les trois orientée vers « Les chemins de poussière ». Je trouve le parallèle un peu facile mais je dois avouer que les deux séries partagent des valeurs communes : une héroïne qui doit lutter pour survivre dans un monde dévasté et dure, qui doit trouver sa place dans ce monde et surtout, apprendre à faire confiance… Mais bon, ce qui m’attire vraiment, c’est d’entrer dans un univers beaucoup plus sombre et mature que dans la YA ordinaire.

Eh bien, quelle surprise !
Le style de l’auteure est tout à fait particulier, et pour cause : c’est Saba qui nous raconte à sa manière ce qu’elle vit. Sous-entendu : c’est écrit comme c’est dit. Point, pas de fioritures ni de mise en page d’ailleurs. C’est juste le texte brut, truffé de fautes d’orthographes (c’est volontaire et c’est expliqué un peu plus bas), pas de tirets de dialogue ou encore absence de négation « ne », c’est un langage enfantin, simplifié au maximum et ponctué de mot inventé.
C’est très original mais avec ce genre de prouesse, ça passe ou ça casse auprès des lecteurs. En ce qui me concerne, j’adore. Parce que le texte n’est pas négligé, loin de là, il est très riche et très intime et il aide vraiment à comprendre qui est Saba.

Et ça paraît plutôt simple, vu de l’extérieur. Saba est une jeune femme de 18 ans élevée à la dure par son père, dans un monde post-apocalyptique. Région désertique, eau potable rarissime, gibier tout aussi rare… Bref, une vie au jour le jour sans école, sans travail, sans argent, sans véritable maison… (Elle vit dans une cabane en bois construite par ses parents). D’emblée, vous ne l’aimerez pas. Je ne l’ai pas beaucoup apprécié au début parce qu’elle est vraiment égoïste, froide, immature et totalement subjuguée par son frère jumeau, Lugh, né deux heures avant elle.
Il faut du temps pour s’attacher à Saba, car on découvre petit à petit qu’elle en pense bien plus qu’elle n’en dit, elle devient attachante tout doucement, parce qu’elle est confrontée à de terribles épreuves et qu’elle fait face, quoi qu’il arrive, avec plus ou moins de réussite cela dit.
Lugh, le frère jumeau Messie, n’est pas beaucoup présent, mais pour le peu de temps passé avec lui, je ne l’aime pas beaucoup, il est à l’image de Saba : égoïste, rustre et macho. Le sauveur de ces dames… Pfff…
Et ce duo inséparable est accompagné d’Emmi, la petite dernière, 9 ans, espiègle, insupportable, gentille, innocente mais qui a pourtant un pied bien engagé dans l’âge adulte.
Saba ne supporte pas Emmi qui s’attire toujours la sympathie de Lugh, ce dernier essaye tant bien que mal de tempérer sa sœur jumelle ce qui l’énerve encore plus, CQFD.
Et autour de Saba, notre tête de mule en chef, on retrouve tout un tas de personnages originaux et excentriques qui se sont, tant bien que mal, fait une place dans ce monde impitoyable. Je pense notamment à Jack, cet espère de cow-boy charmeur, genre une femme dans chaque port, petit sourire malicieux et vêtements crasseux mais prêt à tout pour survivre.
Ces personnages sont tous très attachants, les méchants comme les mauvais, et j’ai tourné les pages avec plaisir.

Niveau intrigue, pour ce premier tome, c’est plutôt simple : Lugh est enlevé, Saba entreprend un long voyage pour aller le sauver.
Et on découvre, en même temps que Saba, comment le monde s’est transformé et corrompu faute de gouvernement, faute d’armée, faute de denrées potables… C’est très poignant et très difficile comme voyage, mais Saba, sans qu’elle le veuille d’ailleurs, va bénéficier de l’aide de précieux alliés et ça, c’est cool. Ce n’est clairement pas un livre à suspense, le but ici, c’est de suivre Saba, qui doit trouver sa place et apprendre à faire confiance.
Et accessoirement sauver son frère, oui, c’est vrai…



— Un style d’écriture surprenant et original.

— Des personnages riches et bien travaillés.

— Un univers mature, sombre et rude.

— Peut-être quelques longueurs…


C’était vraiment une belle découverte, très surprenante, je ne m’attendais pas à ça et j’ai apprécié la surprise. C’est très original et fallait oser proposer un texte aussi brut, mais l’effet est bien là et ça ne retire pas tout le travail autour pour rendre le récit crédible et fort.
J’ai hâte de continuer à suivre les mésaventures (euphémisme) de Saba et je recommande ce roman, pas pour les fans d’« Hunger Games », ça n’a rien à voir, non, je recommande ce roman pour toutes celles et ceux qui aiment les univers post-apocalyptique et les récits durs et tragiques. Ici on ne filme pas de combats, on n’a pas de caméra, et pour tout vous dire, on ne sait même pas ce que c’est…



Original et épique



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