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8 avril 2016

Critique #49 : The Scorpion Rules — La fausse joie


The Scorpion Rules
(The Scorpion Rules #1)

ERIN BOW

Lumen, 7 avril 2016

Amazon / Booknode


La première règle, pour éviter la guerre ? En faire une affaire personnelle… Très personnelle.

Duchesse de Halifax, princesse de la Confédération panpolaire, mais surtout… otage. Je m’appelle Greta Stuart, et ma vie ne tient qu’à un fil. Il y a quatre cents ans, une série de terribles conflits liés au changement climatique a ravagé la planète : guerres, famines, inondations, exodes… Débordées, les autorités ont fait appel à une intelligence artificielle omnisciente pour tenter de mettre un terme au massacre. Mais Talis – c’est son nom – a vite pris son indépendance et le contrôle du monde. Désormais, il garde en otages les fils et filles des grands dirigeants de la planète. À la première déclaration de guerre, les héritiers des deux camps concernés sont froidement exécutés.

Il me reste seize mois à tenir, seize mois avant d’avoir dix-huit ans et de pouvoir quitter le Préceptorat où je suis prisonnière depuis l’âge de cinq ans. Mais l’arrivée d’un nouveau pensionnaire, venu du pays voisin du mien, va tout changer. Elián, qui ne cesse de défier Talis, de mépriser les règles qui régissent notre existence, met nos vies à tous en danger. Malgré tout, son esprit de révolte est contagieux. La résistance serait-elle possible ? Car nous le savons tous : le pays natal d’Elián va forcément finir par déclarer la guerre au mien…




D’ordinaire, je prends plusieurs jours de recul pour écrire une critique, histoire de prendre le temps de mettre mes idées en ordre pour bien choisir mes mots. Mais avec ce livre, je préfère l’écrire tout de suite parce que j’ai pas mal de ressentiment et si je ne le mets pas par écrit immédiatement, je risque de ne pas pouvoir le retranscrire correctement après un certain délai.

L’histoire est narrée à la première personne, par la voix de Greta, et au passé simple, avec quelques digressions au passé composé et au présent. Le style est léger mais relativement riche et fluide et de ce point de vue, ça se lit très bien et avec plaisir. La structure des chapitres propose aussi sa petite goutte d’originalité en enlevant les chiffres au profit d’une phrase de façon à revenir au bon vieux : un chapitre = une idée. Le prologue est très intéressant et interpelle, et ça donne indéniablement envie de jeter dans le roman sans restriction. Malheureusement, j’ai très vite déchanté.

Greta, l’héroïne du roman, est une jeune adolescente de 16 ans, Duchesse d’Halifax et héritière de la Confédération Panpolaire. Autrement dit, c’est une jeune fille hautaine, froide, parfois même imbuvable, sans pour autant être mauvaise. Elle a un balai dans « son royal fondement », et ça résume très bien la chose, croyez-moi. Je ne l’ai pas trouvée super attachante et jusqu’à la fin, j’ai hésité entre haïr et adorer. Et après coup, ce sera ex aequo, faute de mieux. Même si c’est le narrateur principal, elle ne porte pas spécialement l’histoire et c’est vraiment dommage parce que du coup, l’immersion pour moi, c’est un gros flop. Le pire, c’est qu’elle est considérée comme la chef du groupe par les autres, alors qu’elle ne fait jamais rien de spéciale, ne prononce jamais une parole au-dessus de l’autre, et je me suis demandée dès le début d’où venait cette loyauté inflexible, s’il ne manquait pas certains passages et approfondissements pour nous expliquer comment Greta pouvait avoir un tel ascendant sur ses camarades sans rien faire… Elle est intelligente et cultivée, c’est vrai, mais tout le monde l’est vu qu’ils passent leurs journées à ça…
Greta vit avec d’autres Enfants de la paix dans le fameux Préceptorat (J’en parlerais un peu plus bas) : Xie, Grego, Atta, Han, Thandi… bientôt rejoints par Eliàn. On va commencer par lui puis on égrènera les autres au fur et à mesure.
Donc, notre rebelle attitré. Nous l’appellerons Boucles Brunes, parce que c’est à peu près tout ce que nous apprendrons de lui, en dehors du fait qu’il aime le bowling et qu’il ne connait finalement pas grand-chose à la vie, excepté l’élevage de mouton dans lequel il a grandi. On nous promet un grand rebelle, qui ne se soumet jamais ? Que nenni, que nenni ! Il a un certain franc-parler certes, mais les trois quarts de ses interventions ne sont pas spécialement intelligentes et encore moins pertinentes. Et puis ses passages sont assez sporadiques, de sorte que je ne me suis pas attachée à lui non plus. Les autres Enfants de la paix sont plus calmes, mais pas forcément plus intéressants. Ils ont tous le droit à une petite réplique de temps à autre et qui résument assez bien leur caractère mais franchement, ça ne leur donne aucune réelle profondeur et sitôt le livre fermé, on les oublie volontiers.
Sauf Xie, bien sûr, la seule autre avec Eliàn à bénéficier de passages un peu plus longs qu’une simple réplique au cours d’un dialogue (il y a beaucoup de dialogues dans ce roman). Amenée à gouverner dans un royaume asiatique, Xie est le parfait stéréotype d’une princesse chinoise aux notes japonaises. Toujours sereine et impassible, dévouée, adoptant la position du lotus pour méditer et réfléchir, un personnage plutôt lisse en fait, trop zen, intéressant mais peut-être trop stéréotypé à mon goût.
Et puis il y a cette romance… riche idée. Ça commence comme un triangle amoureux, puis très vite, l’un des soupirants est écarté. La romance est censé être l’une des raisons qui poussera Greta à faire un choix radicale, mais malgré tout, je n’adhère pas tant c’est fade. L'auteure nous fait d'abord partir dans une direction avec une espèce de coup de foudre, puis dans une autre avec un espèce de révélation... puis c'est devenu ennuyeux et j'ai arrêté de m'intéresser à cette romance. Nous faire croire un truc, puis essayer de nous surprendre en nous affirmant un tout autre truc, déjà, ce n'est pas révolutionnaire, mais en plus, je n'aime pas ça dans les romances. Je n'aime même pas les triangles amoureux... Enfin, si tenté qu'il existe vraiment ce triangle, parce que le troisième participant ne se bouge pas vraiment le train...
J’en viens à mon dernier larron : Talis, en personne. Et lui, je l’adore. Il paraît un peu cinglé de l’extérieur, quand il oscille entre humour noir et considérations très superflues, mais j’apprécie énormément son petit gros grain de folie et j’aurais aimé qu’il soit plus présent. Dommage. Il aurait mis du peps à toute cette bienséance.

J’ai pas mal bavassé sur les différents protagonistes, mais rassurez-vous, il n’y a pas réellement de spoiler dans ce que je viens d’écrire et maintenant que je vais aborder le deuxième point le plus important de ma critique, à savoir : l’histoire, je vais tâcher ne pas vous gâcher la surprise de la lecture, si toutefois surprise il y a, ha ha ! Je plaisante, je plaisante…
Donc, en lisant le résumé, et je l’ai encore relu plusieurs fois quand j’ai eu fini de lire le livre, j’ai pensé que ce serait un récit avec de l’action, une rébellion, des passages haletants et incroyables, mêlant révélations intenables et technologie de dingue (On est censé être dans un futur relativement lointain). Mais encore une fois, que nenni. Il n’y a quasiment pas de suspense, le roman devient très prévisible passé un certain point et on peut dire qu’il y a vraiment beaucoup de blabla, au détriment de scènes d’action qui auraient été les bienvenues. De fait, c’était un peu long et lourd vers le milieu, ça tournait en rond. D’autant que nos chers Enfants de la paix vivent dans une sorte de vieille abbaye, où ils survivent avec le minimum possible, une cruche d’eau pour se laver, un potager et une ribambelle de chèvres parfois incontrôlables. Le dernier quart de l’histoire est un peu plus tendu, et c’est vrai, il y a pas mal d’évènements marquants mais la fin est d’une telle prévisibilité… que ça ne donne même pas envie de la relire, sous l’effet de l’excitation. J’aime les cliffhanger, j’aime le suspense, j’aime me sentir tiraillée. Et là, ce n’est pas le cas, et c’est terriblement décevant.



— Talis.

— Le style d’écriture et la structure du roman.

— Le concept, à la base.

— Du déjà-vu mal ré-exploité.

— Personnages creux ou trop peu impliqués.

— Romance inutile et fade.


Je crois que, pour le coup, je m’étais fait un vrai film de ce roman et je suis tombée des nues. C’est peut-être ma faute, je n’ai pas bien interprété le résumé, j’ai trop fait confiance à ce que j’avais déjà lu… malheureusement le constat est sans appel pour moi. Ce livre est une vraie déception et je ne me risquerais pas à lire la suite. Les personnages ne sont pas captivants en dehors de l’I.A., l’intrigue est basique, et même si l’idée de départ est très intéressante et intrigante, j’ai très vite été déçue par la tournure que prenaient les évènements. Ce n’est pas ce à quoi je m’attendais, pas du tout. C'est bien beau de nous promettre de « ré-inventer le genre » en nous faisant croire à quelque chose (quatrième de couverture) puis en nous racontant une histoire qui n'y correspond pas, mais on est loin du grand frisson littéraire tout de même...
Dans tous les cas, je vous laisse juger, et j'attends vos remarques avec impatience !



Très grosse déception



7 commentaires:

  1. Ta chronique me fait un peu peur, c'est ma prochaine lecture! ;) On verra bien...

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    1. Rassure-toi, je suis du genre exigeante, surtout quand il s'agit de YA (profusion de genre, de thème et d'auteur), du coup, quand je suis déçue, je n'y vais pas avec le dos de la cuillère comme on dit.
      J'ai hâte d'avoir ton avis sur ce livre ;)

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    2. Je suis un peu rassurée! xD J'ai lu que 20 pages pour l'instant

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  2. Oh et bien je viens de me l'acheter, j'espère avoir fait le bon choix XD Merci pour cette chronique très complète =)

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    1. N'hésite pas à revenir pour partager ton avis lorsque tu l'auras lu ! Il y a tellement à dire sur ce roman ;)

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  3. Je peux tout à fait comprendre, au vue de ta chronique, pourquoi tu n'as pas apprécié le livre. Je crois que soit on accroche, soit on ne rentre pas dans l'histoire qui ne se déroule pas comme les autres dystopies que l'on a l'habitude de lire en ce moment. L'auteure vise beaucoup plus le côté psychologique que l'action.

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    1. Je suis tout à fait d'accord avec toi, et j'ai été tellement déroutée par ce choix que je n'y ai pas pris goût... après, la qualité reste indéniablement au rendez-vous ;)

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