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6 décembre 2016

Critique #112 : Moi, Lucifer — Histoire de remettre les pendules à l'heure...


Moi, Lucifer

GLEN DUNCAN

Foli SF, 2 janvier 2014

Amazon / Booknode


Prisonnier (par la volonté de Dieu) du corps d'un écrivain fraîchement suicidé et chichement membré, moi, Lucifer, Ange Déchu, Porteur de Lumière, Prince des Ténèbres, de l'Enfer et de ce Monde, Seigneur des Mouches, Père du Mensonge, Suprême Apostat, Tentateur, Antique Serpent, Séducteur, Accusateur, Tourmenteur, Blasphémateur et, sans contestation possible, Meilleur Coup de l'Univers Visible et Invisible (demandez donc à Eve, cette petite garce), j'ai décidé - ta-daaah - de tout dire.
Tout ? Presque. Le funk. Le swing. Le boogie. Le rock... C'est moi qui ai inventé le rock. Si vous saviez tout ce que j'ai inventé : la sodomie, bien sûr, la fumette, l'astrologie, l'argent... Bon, on va gagner du temps: tout, absolument tout ce qui vous empêche de penser à Dieu. C'est-à-dire à peu près tout ce qui existe.
Moi, Lucifer est un hilarant portrait du diable, sous forme de confession pour le moins très intime...




J'aime bien découvrir de nouvelles choses en matière de livre. Certains thèmes me rebutent plus que d’autres, mais souvent, la curiosité l’emporte, et c'est exactement ce qui s’est passé avec Moi, Lucifer. J’étais vraiment très emballée par la quatrième de couverture, mais aussi très sceptique sur le thème, j’avais peur que mes connaissances en la matière ne soient pas assez étendues pour apprécier à sa juste valeur un tel roman.
Mais Glen Duncan est un génie. Et moi, j’ai lu une vraie pépite.

Il y a énormément de bonnes choses à dire sur cette histoire. Tellement que c’est difficile de trouver un point de départ.
Dans ce roman, Lucifer se voit offrir la possibilité d’occuper un corps humain (un « scribouillard raté ») pendant tout un mois, et, si l’essai est concluant et qu’il ne commet aucun acte mauvais, Lucifer pourra alors reprendre sa place aux côté de Dieu. Mais voilà, on n’a pas affaire à n’importe quel client ici. Non seulement il est du genre touche-à-tout, sans limites et très curieux. Mais en plus de ça, il est caractériel et incroyablement humain.

D’abord, je trouve que l’idée de faire parler une figure aussi emblématique que Lucifer est tout simplement brillante. Je n’ai pas pu m’empêcher de commencer la lecture avec quelques préjugés quant à la nature et la partialité de Lulu. Mais j’ai dû très vite me rendre à l’évidence : l’auteur a voulu un Lucifer impartial, et le résultat est saisissant, effrayant même.
Lucifer s’exprime à la première personne, de façon très « oralisée ». Là où cet effet de style pourrait donner l’impression d’un manque de profondeur dans un autre roman prouve ici tout le contraire. Cette narration « parlée » donne du cachet au texte et colle à merveille avec le narrateur. En plus, le Prince des Enfers n’hésite pas à donner de sa personne. Vicelard, cynique et odieux, il est étonnamment plein d’humour et de spiritualité. Comme dirait l’autre, il sait appuyer là où ça fait mal… et en plus, il a raison !

Cette petite période d’essai de 30 jours va permettre à Lulu de dresser un très long et très remarquable portrait de la société humaine. Portrait intemporel qu’il est impossible de nier, et ponctué par de nombreuses digressions. Et c’est là le seul point négatif de ce roman. Comme Lucifer est bavard ! Mais bavard ! Une vraie pipelette, mal organisée, qui commence à parler de la pluie et du beau temps et qui finit par nous faire un cours magistral sur l’art abstrait. C’est un exemple mais c’est tout comme. Lulu commence une phrase… et on a de la chance s’il la finit. C’est déstabilisant et j’ai perdu le fil plus d’une fois, mais je me suis toujours accrochée, parce que derrière, le texte envoie du lourd.
En plus de dépeindre les hommes sous un nouveau jour, Lucifer en profite aussi pour nous donner sa version des faits : la Création, le Péché Originel… tout y passe et rien ni personne n’est épargné. Le tout généreusement nappé d’un humour cinglant auquel il est difficile de résister.

Et petit à petit, après de nombreuses anecdotes et découvertes toujours plus ahurissantes les unes que les autres, Lulu nous amène vers la fin (du roman, en tout cas). Et là, c’est la cerise sur le gâteau. C’est excellent, jouissif, et aussi parfaitement ironique.
Je croyais voir arriver un énorme cliché avec cette proposition de départ pour le moins surprenante (les 30 jours dans le corps d’un homme sans faire quoi que ce soit de mal), mais en fait pas du tout. Le résultat est loin de ce que j’avais imaginé…



— Le style de l’auteur, la richesse du texte.

— L’idée de base qui est quand même géniale.

— Lucifer.

— L’impartialité du récit. Fallait le faire…

— La fin est divine.

— Que de digressions…


J’avais peur que ce soit trash, ça l’était. J’avais peur de ne pas saisir toutes les références, c’est arrivé. Et pourtant, j’ai été totalement conquise par ce roman. Bon, Google m’a aidée à comprendre certaines choses, mais ça en valait la peine. C’était une idée culottée et décalée mais très bien exécutée. J’ai quand même réussi à rire tout en étant parfaitement scandalisée…

Il vaut mieux avoir une certaine largesse d’esprit pour entamer cette lecture, mais je la recommande chaudement. On n'en ressort pas indemne.



L'Étoile du Matin nous en met plein la vue



3 commentaires:

  1. Il faut décidément que je tente celui-ci !

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  2. J'ai bien envie de découvrir celui-là.. Hop hop, dans ma Wish ^^ Merci

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